mars 2nd, 2016

Témoignage – en Mig 29

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fada d’avions de chasse. Quand j’étais gosse, déjà, les voisins de mon âge étaient fascinés par leurs petites Majorette. Ils en avaient des dizaines. Mais pour ma part, je n’aimais rien tant que les avions de chasse. Je n’en avais pas beaucoup, mais je ne les aurais échangés pour rien au monde. D’ailleurs, je n’allais nulle part sans eux. Et lorsque mes camarades me proposaient de jouer aux petites voitures, je donnais un coup de pied dans leur parc automobile et m’en allais jouer avec mes avions. Oui, je n’ai pas eu beaucoup d’amis, à cette période. Je me comporte un peu mieux avec mes amis, désormais (en tout cas, je ne shoote plus dans leur voiture), mais cette dévotion aux avions de chasse a traversé les années. C’est mon fiston qui joue aujourd’hui avec mes avions d’antan. Il était donc fatal qu’un jour, je grimpe à bord d’un véritable avion de chasse pour découvrir ce que l’on éprouve une fois en vol ! Ce que j’ai finalement fait il y a quelques jours, à bord d’un Mig-29. Depuis le temps que j’y pensais, j’avais vraiment peur que le vol ne soit pas à la hauteur. De sortir de l’appareil en me disant que finalement, c’était beaucoup de bruit pour rien. Mais la réalité a dépassé toutes mes attentes. Quand nous avons regagné l’aéroport, en fait, je ne pensais à rien : un sourire niais éclairait mon visage. Et rien que d’y penser, en fait, je le sens revenir sur mon visage tandis que je vous écris ! Même si j’ai rêvé de ce vol durant des années, c’était encore mieux que tout ce que j’avais imaginé. Il y a des moments où j’ai dû lutter pour ne pas paniquer. Durant la phase acrobatique, j’ai senti le voile noir survenir à plusieurs moments tellement c’était violent ! Et de manière générale, ce vol a été d’une telle intensité qu’il me paraît impossible à décrire. D’ailleurs, j’ai failli ne pas rédiger de billet là-dessus. Car il est clair que je serais incapable de vous décrire une telle expérience. Ce qu’on ressent au moment où on met sa combinaison de vol. Ou quand on monte à l’intérieur du cockpit. Et lorsque, dès le premier tonneau, on sent soudain son poids multiplié par cinq. Il n’y a pas de mots pour décrire de tels moments. Mais il fallait tout de même que je le dise ici. Ce n’est tout de même pas tous les jours qu’on a l’occasion de voler sur un Mig-29 ! Pour ceux que cela intéresse, suivez le lien pour les infos relatives à ce vol en MiG 29.

mars 2nd, 2016

Airbus pose ses pierres en Chine

Les pas d’Airbus en Chine se consolide avec la première étape de l’usine Airbus dans le pays. En effet, l’avionneur européen a posé la première pierre de son usine de Tianjin. Elle sera dédiée à l’aménagement de son A330. Le partenariat stratégique d’Airbus avec la Chine a pris un tournant très concret, ce mercredi 2 mars. Le constructeur aéronautique a posé la première pierre du centre d’aménagement commercial et de livraison (C&DC) A330 à Tianjin, en Chine. Cette nouvelle usine avait été officialisée en juillet dernier après la signature d’un accord pour l’achat de 45 A330 par la Chine. Un contrat représentant au moins 11 milliards de dollars (9,87 milliards d’euros environ) sur la base du prix catalogue. “Cet événement revêt une importance particulière puisque le C&DC A330 de Tianjin est notre premier centre d’aménagement commercial et de livraison de gros-porteurs implanté à l’extérieur de l’Europe. Cette coopération de longue date entre Airbus et la Chine, qui portait jusqu’à présent sur les monocouloirs, s’étend dorénavant aux gros-porteurs. En outre, de nouvelles opportunités sont à l’étude pour l’avenir », a déclaré Fabrice Brégier, PDG d’Airbus. Les A330 destinés au marché aérien chinois seront assemblés à Toulouse, mais seront peints et recevront leur aménagement cabine à Tianjin dans cette nouvelle usine. « L’A330 d’Airbus est le gros-porteur le plus plébiscité en Chine », rappelle l’avionneur dans son communiqué.

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novembre 19th, 2015

Selfie de pilote de chasse

novembre 19th, 2015

Succès pour l’électronique aéronautique en Chine

A l’occasion de la visite du Premier ministre chinois Li Keqiang en France, de nombreuses entreprises françaises ont pu signer de juteux contrats. Retour sur les plus importants d’Airbus à STMicroelectonics en passant par Alcatel-Lucent, Schneider, Engie, Plastic Omnium, L’Oréal, Air Liquide, EDF et Pierre et Vacances… Alcatel-Lucent, Schneider et STMicroelectronics sont les principaux bénéficiaires des nombreux contrats signés ce jeudi 2 juillet à l’occasion de la visite du Premier ministre chinois Li Keqiang en France. Alcatel-Lucent a signé deux accords-cadres de coopération avec China Mobile Communications Corporation et China Unicom pour la fourniture d’équipements de communication et de services pour un montant total de 1,37 milliard d’euros. Schneider Electric a remporté auprès de China National Building Materials Group un contrat de 500 millions d’euros portant notamment sur la modernisation des systèmes électriques des usines du groupe chinois. Pour sa part, STMicroelectronics a signé un contrat de 500 millions de dollars pour la fourniture de composants à Huawei dans le cadre d’un accord de coopération sur cinq ans. Par ailleurs, Engie a conclu un accord d’un montant d’environ 100 millions d’euros pour la livraison de gaz naturel venant de Norvège ou d’Afrique à Beijing Gas Group, tandis que Plastic Omnium a obtenu une ligne de crédit de 100 millions d’euros auprès de la Bank of China pour le développement industriel de l’équipementier automobile en Chine. L’Oréal, Air Liquide, EDF et Pierre et Vacances comptent aussi parmi les signataires de contrats avec des partenaires chinois. Pour sa part, le Premier ministre Manuel Valls a confirmé à Toulouse que le groupe Airbus avait décidé de construire une seconde usine en Chine destinée à la finition des cabines d’A330, dont le coût devrait s’élever à environ 150 millions d’euros. Ces contrats s’ajoutent à ceux déjà signés mardi et mercredi dans l’aéronautique, l’énergie ou le transport maritime, portant au total sur plusieurs dizaines de milliards d’euros. Airbus a remporté une commande ferme de 45 long-courriers A330, assortie d’une option pour 30 autres appareils, tandis que l’armateur CMA CGM a signé mercredi deux accords qualifiés de « majeurs » avec des partenaires chinois.

octobre 14th, 2015

Singapore Airlines et Airbus pour le long 350

Airbus a annoncé lors de son séminaire à Londres, le lancement d’une version à très long rayon d’action de son A350-900, l’A350-900 ULR (ultra long range). La compagnie aérienne Singapore Airlines en a commandé sept, qui lui serviront à relancer des liaisons directes entre Singapour et les Etats-Unis. Dans son communiqué du 13 octobre 2015, Airbus précise que la compagnie nationale singapourienne a modifié sa commande, qui portait sur 63 A350-900 : sept des appareils « seront livrés dotés d’un rayon d’action étendu leur permettant d’effectuer des vols pouvant atteindre une durée de 19 heures ». En outre, Singapore Airlines a converti quatre options, portant le total de ses commandes fermes d’appareils de la famille A350XWB à 67 exemplaires (elle conserve des options sur 16 avions supplémentaires, transformables en A350-1000). Optimisé pour des vols sans escale à destination des Etats-Unis, la nouvelle version A350-900ULR sera « dotée d’un système d’alimentation en carburant modifié permettant d’accroître sa capacité d’emport de carburant, d’une masse maximale au décollage accrue, ainsi que d’optimisations au niveau du système aérodynamique », qui permettront à SIA de desservir la côte ouest des Etats-Unis ainsi que New York. Airbus précise que le système d’alimentation en carburant de plus grande capacité utilisant les réservoirs existants permettra d’accroître la capacité d’emport de carburant de 141 000 litres à 165 000 litres. L’A350-900ULR a une masse maximale au décollage MTOW de 280 tonnes. L’accroissement de son rayon d’action est obtenu sans installation de réservoirs de carburant supplémentaires, et l’appareil pourra être facilement reconfiguré pour répondre aux spécifications long-courrier de l’A350-900 standard. La livraison des A350-900ULR à la compagnie de Star Alliance aura lieu en 2018, lui permettant de relancer ses vols sans escale entre l’aéroport de Singapour-Changi et Los Angeles et Newark-Liberty. La ligne à destination de New York, qui représente une distance de quelque 8.700 nm, sera le vol passager le plus long au monde, d’une durée moyenne estimée de 19 heures environ. Les nouveaux avions seront également équipés des nouvelles cabines de dernière génération en cours de déploiement dans la flotte long-courrier de Singapore Airlines. De nouvelles liaisons sans escale vers d’autres destinations américaines sont en cours d’évaluation, ajoute la compagnie qui attend pour début 2016 la livraison de son premier A350-900 standard (dont la configuration n’est toujours pas connue). « Nos passagers réclamaient avec insistance la remise en service de nos très populaires vols sans escale entre Singapour et les Etats-Unis et nous sommes heureux d’avoir conclu cet accord avec Airbus afin de pouvoir assurer de nouveau ces liaisons avec un nouvel avion économiquement viable », a déclaré le PDG Goh Choon Phong ; « cela illustre notre volonté de répondre voire même surpasser les attentes de nos clients en restant à l’avant garde en matière d’innovation dans le domaine du transport aérien. Cette perspective viendra renforcer le hub de Singapour en procurant à nos passagers les connexions les plus pratiques et les plus rapides entre l’Amérique du Nord et l’Asie du sud-est ». Singapore Airlines a opéré des vols sans escale entre Singapour et Los Angeles et New York jusqu’en 2013, date à laquelle les A340-500 qui opéraient ces liaisons ont été retirés de la flotte de la compagnie. « Nous sommes très heureux de collaborer avec Singapore Airlines en vue de lui permettre de relancer son service premium sans escale à destination des Etats-Unis », a pour sa part souligné Fabrice Brégier, Président & CEO d’Airbus. « Grâce à sa souplesse opérationnelle, l’A350, plate-forme idéale pour ces opérations, offre une rentabilité inégalée sur les vols à plus long rayon d’action. En outre, sa cabine plus large et plus silencieuse constituera un environnement parfait pour permettre aux passagers d’apprécier les prestations de la plus grande qualité de Singapore Airlines, réputées dans le monde entier ». Source: séminaire Londres
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juin 25th, 2015

American Airlines, 1ère compagnie aérienne

Après sa fusion avec US Airways il y a un an et demi, American Airlines est devenue la première compagnie au monde en termes de salariés, 100 000, et de nombre d’appareils. La nouvelle American Airlines compte en effet 1500 avions dans sa flotte, et prendra livraison de 200 appareils neufs d’ici à fin 2016. Craig Dewey, directeur commercial Europe, Moyen-Orient, Afrique – American Airlines : « Depuis deux ans et pour les deux prochaines années, nous réceptionnons en moyenne un nouvel appareil chaque semaine. Et nous n’avons pas seulement de nouveaux avions dans notre flotte, nous réaménageons aussi chaque jour les cabines de nos appareils. » La compagnie a investi 2 milliards de dollars pour moderniser ses appareils et ses infrastructures au sol. Elle a réalisé en 2014 plus de 4 milliards de dollars de bénéfice net. Un mastodonte qui n’entend pas laisser la voie libre aux compagnies du Golfe et à leurs subventions publiques présumées. Craig Dewey, directeur commercial Europe, Moyen-Orient, Afrique – American Airlines : « Nous pensons que ces compagnies ont bénéficié de 42 milliards de dollars de subventions et cela n’est pas équitable. Nous n’avons pas de souci avec les compagnies du Golfe. Nous militons activement pour que le gouvernement américain soit vigilant concernant le respect des accords dit de ‘ciel ouvert’. » La plus grande compagnie aérienne au monde est doucement mais sûrement en train de naître. La fusion avec US Airways prend du temps, elle sera complètement finalisée d’ici deux ans. Reste encore à American Airlines quelques défis de taille à relever, comme la mise en place d’un système unique de réservation. Avec 6 700 vols opérés chaque jour ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

juin 25th, 2015

Nouvelle grève chez Air Austral

Le syndicat UNSA Aérien SNMSAC des hôtesses de l’air et stewards de la compagnie aérienne Air Austral a déposé un préavis de grève illimitée à partir du 2 juillet, cherchant à obtenir une revalorisation des salaires. La compagnie basée à l’aéroport de Saint Denis de la Réunion fera « le maximum pour qu’une solution soit trouvée afin de permettre d’assurer la continuité du service dans cette période très chargée de vacances scolaires », aucune perturbation ne devant – à ce jour – le programme de vol jeudi prochain selon un communiqué publié le 24 juin 2015 par Clicanoo, après le préavis de l’Union Nationale des Syndicats Autonomes. La grève débutera le jeudi 2 juillet à 0h01 à La Réunion (une heure plus tôt à Mayotte). Le PDG d’Air Austral « s’interroge sur les motivations de l’UNSA non signataire de l’accord de revalorisation des salaires des PNC, et considère que ce préavis n’a pas de sens alors que la santé financière d’Air Austral doit encore se solidifier dans un contexte économique plus que tendu ». La compagnie souligne que l’accord d’entreprise a été signé « dans un esprit constructif et respectueux d’un dialogue social apaisé », mais son dirigeant parle de revendications de l’UNSA « totalement déraisonnables et susceptibles de fragiliser gravement Air Austral ». Et il ajoute : « c’est pourquoi je fais d’abord appel à la responsabilité de chacun et au dialogue, pour que notre entreprise continue d’offrir à sa clientèle le service qu’elle attend. Je ne veux pas croire que les efforts fournis par chacun d’entre nous depuis près de trois ans puissent être réduits à néant. Nous avons besoin de cohésion, d’esprit de conquête. La grève est un constat d’échec collectif. Tout le monde en portera une part de responsabilité. C’est pourquoi il nous appartient de faire tous les efforts pour essayer de l’éviter ». Rappelons que la grève des PNC d’Air Austral débutera non seulement en pleins départs en vacances, mais aussi au premier des deux jours de grève annoncés par les contrôleurs aériens français des syndicats SNCTA et FO. Les passagers devant emprunter les liaisons aériennes entre la métropole et les îles de l’Océan indien se retrouvent face à une double menace…

mai 11th, 2015

Se mettre en perspectives à Cannes

Vendredi dernier, j’ai assisté à un séminaire à Cannes qui s’est avéré très saisissant. Il était dédié au travail, et notamment, s’étendait sur la question du temps de travail. Evidemment, nous avons eu droit aux interventions courantes dans ce genre de question. Mais l’une d’elles m’a semblé plus palpitante que les autres, car elle s’extrayait de la situation pour obtenir une vision d’ensemble. Elle remettait les choses en perspective. A l’inverse des autres, l’intervenant y démontrait pour quelles raisons l’humanité allait travailler moins pour gagner toujours plus. Et ce n’était pas un délire : ce processus était, expliquait-il, déjà à l’oeuvre, et ce depuis des décennies. Les innovations qui ont émergé au cours de la révolution industrielle nous ont en effet permis de nous enrichir collectivement, de vivre dans de bien meilleures conditions, non seulement avec une plus grande espérance de vie mais aussi en meilleure santé. Les emplois que nous occupons aujourd’hui exigent moins de temps et menacent moins notre santé qu’autrefois. On oublie un peu vite que nous profitons actuellement d’une santé, d’une espérance de vie et d’un niveau de vie dont ne pouvaient même pas rêver les rois et la noblesse au Moyen Âge ! Le scénario-catastrophe selon lequel nous devrons à l’avenir tous travailler jusqu’à cent ans est par conséquent dénué de tout fondement : c’est plutôt l’inverse qui va se produire. La recherche scientifique rend l’homme plus productif et lui permet de travailler de moins en moins longtemps et de moins en moins dur, tout en gagnant en valeur ajoutée. En Europe, le temps où la moitié de la population était active dans le secteur de l’agriculture est désormais terminé, et ce, grâce aux engins agricoles, aux engrais, aux modifications génétiques et aux techniques d’agriculture améliorées. Au cours des deux derniers siècles, nous avons surtout dédié l’augmentation collective de notre espérance de vie et de notre richesse à davantage de temps libre. Le fait que nous devons aujourd’hui à nouveau travailler plus longtemps n’est qu’un phénomène provisoire. Nous avons en effet pris une avance sur des fonds que nous n’avions pas encore constitués. Mais l’estimation la plus rationnelle touchant notre avenir actuel nous laisse deviner qu’il y aura toujours plus de richesse, moins de travail et davantage de temps libre. Ce séminaire à Cannes – suivez le lien pour le contact de l’organisateur – a été une vraie bouffée d’optimisme face au marasme ambiant.

mai 11th, 2015

La guerre contre les pauvres, et après ?

Il y a cinquante ans Lyndon Johnson déclarait la guerre à la pauvreté. Depuis, son héritage est régulièrement remis en cause, soulignant la difficulté américaine d’aborder la question sociale. En 1964, Lyndon Johnson prononce son premier discours sur l’état de l’union et déclare la “guerre à la pauvreté”. Barack Obama a, quant à lui, employé cette tribune mardi 29 janvier pour parler d’inégalités. Cinquante ans plus tard, la question sociale fait un retour marqué aux Etats-Unis, mais le changement de ton est notoire. A l’ère des 99%, toucher le plus grand nombre est la priorité. Ce fut le cruel enseignement de la guerre à la pauvreté, toute politique de redistribution risque de se heurter à l’individualisme. Pourtant, à l’époque un best seller consulté à la Maison Blanche avait su toucher les Américains au coeur, The other America. Poverty in the United States, (L’autre Amérique, la pauvreté aux Etats-Unis). Son auteur, le journaliste Michael Harrington, enquête sur le sort des oubliés du rêve américain, près de 50 millions de personnes, dit-il. Travailleurs non qualifiés et/ou migrants, personnes âgées, membres des minorités, tous étaient devenus invisibles selon Harrington, alors que se construisait l’utopie suburbaine. Porté par le mouvement pour les droits civiques, Lyndon Johnson trouve dans la lutte contre la pauvreté, qui afflige d’abord les noirs, un thème pour rassembler le pays tout entier et lancer un vaste programme de réformes sociales. C’est notamment à cette occasion que sont créées les aides médicales pour les plus pauvres et les personnes âgées. Cinquante ans plus tard, Lyndon Johnson et Michael Harrington pèsent toujours sur la conscience américaine, signe des difficultés à confronter un problème persistant dans le pays le plus riche du monde. En émule de Michael Harrington, le journaliste Sasha Abramsky dénonce ce qu’il considère comme une faillite morale. Dans son livre The American way of poverty, how the other half still lives (La pauvreté façon américaine, comment l’autre moitié survit), il visite certains des endroits les plus pauvres du pays, comme le fit son modèle. La misère est toujours là, constate-t-il, à la différence que les bons alimentaires, créés en 1964, forment aujourd’hui la base d’une économie de l’indigence. Dès les années 1970, il est évident que la pauvreté ne reculerait pas. Et si Sacha Abramsky se refuse à mettre en cause le programme social de Johnson, il regrette plutôt que l’on ne soit pas allé plus loin et que l’on ait fait le choix de lentement détricoter ce fragile filet de protection sociale. Celui qui allait être le principal artisan de ce démantèlement était un opposant des premiers jours. Ronald Reagan raconte dès 1964 dans un discours de campagne comment la femme d’un ouvrier souhaitait, selon lui, obtenir le divorce afin d’augmenter le montant de ses allocations familiales. La figure bien utile du pauvre indigne est née.

mai 11th, 2015

Shakespear et les USA

Dans le University Poem, Vladimir Nabokov décrit un Cambridge où le travail universitaire n’offre que peu de réconfort aux amours timides, et dresse un aimable tableau kitsch montrant sous un jour favorable ce qui est généralement tenu pour être l’un des défauts des institutions de savoir, la nonchalance. Nicholas Kristof, chroniqueur au New York Times, s’en est récemment ému, au point de lancer un véritable cri du cœur, « Professeurs, nous avons besoin de vous ». Les intellectuels, dans leur majorité, se sont coupés du monde, selon lui. Le savoir est devenu technique. Peu d’universitaires prennent le soin de s’adresser au gentilhomme éclairé et préfèrent converser avec leurs pairs, sous l’impulsion d’une institution qui pénalise ceux qui sortent des clous. Ce mouvement de repli ne s’explique pas par de l’indifférence envers le monde extérieur. De nouveaux acteurs pèsent aujourd’hui sur la vie des universités américaines et en influencent la marche : les think tanks, les fondations, les entreprises de l’éducation et des sociétés de capital-risque, comme le souligne le sociologue Steven Ward. Une récente affaire illustre le dérèglement de la machine à produire des connaissances. L’université Columbia vient en effet de renvoyer deux professeurs parce qu’ils ne récoltaient pas suffisamment de fonds de recherche. « Ironiquement, écrit l’hebdomadaire The Nation, ils incarnent tous les deux le type d’intellectuels engagés dont se languit Nicholas Kristof.” Il s’agit de Carole Vance et de Kim Hopper. La première travaille sur le genre, la santé et les droits de l’homme. Elle collaborait de manière étroite non seulement avec ses collègues universitaires, mais aussi des praticiens et des militants. La seconde est l’une des plus grandes spécialistes de l’exclusion sociale, très en lien avec les ONG œuvrant auprès des sdf. En 2013, le journal de l’association américaine d’anthropologie avait salué son engagement social. La Mailman School of Public de Columbia, le centre de recherche dont elles dépendaient toutes deux, suit un modèle aujourd’hui répandu qui demande aux professeurs de financer une grande partie de leurs salaires en levant des fonds de recherche. S’en suit une course bureaucratique auprès des mécènes, philanthropes, agences gouvernementales. Beaucoup d’énergie s’y perd et l’esprit s’affadit à force de devoir montrer patte blanche. « Récemment, les exigences ont été relevées. On demande maintenant aux professeurs de trouver à financer de 40% à 70%, voire 80% de leurs salaires », ajoute The Nation. Pour ne rien arranger, l’Institut national pour la santé, une agence du gouvernement fédéral qui subventionne des travaux de recherche, a vu ses budgets réduits. L’austérité est générale. A Washington, la chambre des représentants cherche maintenant à réduire de 42% les fonds alloués aux recherches en science sociale par la Fondation nationale pour la science. La compétition pour trouver de l’argent somme ainsi chacun d’apprendre à mettre en marché son travail. Une exigence qui se trouve au cœur d’un appel à candidature lancé en mars par la Texas A&M University pour une charge de maître de conférence en littérature. La définition de poste débute par un enthousiasmant défi, écrit en majuscule : “FOURNIR UN EXCELLENT SERVICE APRES VENTE”. Shakespeare vient désormais en seconde positon après les considérations commerciales.